"Faire entendre ce qui gronde dans les marges et gonfle au milieu du visible comme autant de tumeurs parmi les orbes.'' Henry Lesnes. L'Animal-Plûme.




samedi 13 octobre 2018

LA BOÎTE (extrait)



Pique : Je déterre ta grand-mère et je la baise ! Rouquin. Moi j’encule ton grand-père dans la tombe ! Pique. Moi je baise tous tes morts ! Rouquin. Moi je baise tous tes morts et ta mère et ton chien ! Pique. Je tue ta mère et ton chien et je les encule ! Rouquin. Moi je tue ta mère et ton père je leur mets dans la bouche et je les encule ! Pique. J’encule tous tes ancêtres depuis Jésus et ta mère morte et ton père mort et ton chien et tes poules qui puent la merde !
 
Ledan : Dans la cour derrière chez moi on a monté la piscine il y avait du soleil et de la neige partout. Le garçon dans la boule de neige il a fondu. Ma mère elle me regarde par la fenêtre je suis dans la piscine il y a un oiseau qui passe et qui me chie sur la tête. C’était pas un oiseau c’était une chauve-souris. Je l’attrape et je lui arrache la tête. L’oiseau il repasse je l’attrape et je le caresse. Après mon chien est venu dans la piscine et il a mangé l’oiseau qui m’a chier sur la tête. Je lance la merde d’oiseau sur mon frère et lui il me lance des merdes de chien. Hier on a jeté des cailloux sur une péniche et ils ont rebondi dans l’eau.

Juju : Le jour où je suis morte ma mère avait éteint la lumière alors mon cœur s’est arrêté et la voiture de mon père était en panne alors il a dû demander sa voiture au voisin pour m’emmener à l’hôpital et il a mis les sirènes et je voyais la lumière bleue tourner autour de moi aller mourir dans l’herbe au milieu des vaches la nuit et c’est un médecin bamboula qui m’a soigné. Depuis mon cœur remarche mais faut pas que je force sur la course à pieds et le kamasutra parce qu’il m’a dit que je pourrais encore mourir alors ma mère a rallumé la lumière et m’a fait descendre du lit parce que le taxi pour l’école était déjà arrivé.

Ledan : Ma mère elle nous crie parce qu’il n’y a plus la piscine dans la cour : c’est mon frère qui l’a crevée. Le Saint Nicolas il passe avec une nouvelle piscine pour mon anniversaire il est venu en moto et mon frère il lui a piqué sa moto et on roule tous les deux sur une roue pour faire du cross. Un jour j’ai eu un accident contre un mur et le mur a crié. Le Saint Nicolas il nous cherche avec son traîneau dans le ciel. On est caché dans un arbre et on mange des bonbons. Ses chevals ils nous font caca dessus comme des bombes on dirait du chocolat alors mon frère il en attrape une et il croque dedans et il dit que ça pue. A Pâques j’ai eu des œufs et j’ai mangé les poussins avec leurs plumes j’en avais plein la bouche et j’ai craché dans la neige et mon chien il a mangé les poussins. Le Saint Nicolas il nous a pas vu on est rentré chez nous il faisait noir mon frère a cassé toutes les lumières et la police est passée pour l’arrêter et on s’est cachés sous le lit et puis ils sont partis sans nous voir.

Chloé : Il fait chaud dans ma carapace quand il y a du soleil. Je n’ai pas le droit de courir mais je le fais quand même et souvent je tombe et je saigne mais au moins j’ai couru : j’espère qu’Océane ne le dira pas à mon père. Demain on me change de corset je vais en avoir un plus léger je pourrai courir plus vite et samedi on ira se promener dans la forêt – Océane m’a dit qu’il y avait des loups et qu’il y en a un qu’est venu lui manger dans la main faudra que je pense à prendre des bonbons.

 

Sam : Presty a demandé à Monsieur pour faire de la peinture parce que demain c’est son dernier rendez-vous au tribunal avec la juge pour savoir si elle pourra retourner vivre chez sa mère. Elle y sera, et aussi son nouveau mari et tous ses frères et ses sœurs y seront aussi alors elle veut leur faire un dessin et aussi à la juge pour qu’elle la laisse retourner chez sa mère… Il y a du vert, il y a du rose, des oiseaux des maisons des cœurs sur chacune des feuilles où elle a marqué leurs noms. Putain je vais aussi en faire un à mon père (son père est en prison) pour qu’il voit bien comment je l’aime ce conard qu’elle a dit. Je le donnerai à la juge pour qu’elle lui donne il va voir le déluge. Putain !, je le déteste… tu vas voir le déluge que je vais lui mettre ce connard… il l’a touché entre les jambes qu’elle m’a dit un jour et alors elle prend trois pinceaux dans chaque main qu’elle a trempé dans du rouge et du noir et du marron et elle massacre la feuille. Quand elle a enlevé la feuille pour aller la mettre à sécher sur le journal qui protégeait la table elle aperçoit une photo de Sarkozy et alors elle se met à crier Aaaaahhhh, sal petit pédé !, je vais te défoncer la gueule !, elle balance sa feuille, elle empoigne un pinceau et d’une main elle lui martèle le portrait  jusqu’à ce que le journal soit troué et qu’on ne voit plus que le plateau de la table qu’elle a massacré au passage. Adieu sal petit p.d. !
 
Ledan : Sous le lit le garçon qui vit dans une boule de neige il jouait au déguisement. Mon frère a mis sa tête de singe et le chat a eu peur et le garçon déguisé il a ri. Ma mère est montée pour nous dire de descendre regarder la télé et le garçon s’est caché. Autour de la table les policiers mangeaient la galette des rois avec mon père et ils avaient tous une couronne. Un jour il a pris une balle dans l’épaule et la police l’a arrêté. Après le Saint Nicolas il tape aux carreaux. Les policiers et mon père et moi et mon frère on est sorti il jetait des chocolats plein partout pour mon anniversaire. Mon chien a mangé tous les chocolats et mon père lui a mis un coup de pied dans le cul et les policiers sont partis en hélicoptère avec le Saint Nicolas alors on est allés dormir de la merde de chien dans les cheveux.

 

samedi 7 juillet 2018

Ludo Devicq





Après de brèves études de philosophie, plusieurs années passées à travailler en usine et entreprises de terrassement, Ludo Devicq exerce aujourd’hui auprès d’enfants handicapés socio-intellectuels du Bassin Minier, âgés de six à douze ans, les fonctions d’enseignant, éducateur, psychologue, canalisateur d’énergies morbides, père de substitution, infirmier, humoriste, et tyran.

LA BOÎTE, Ludo Devicq (à paraître)


Cyrille : Moi c'est Cyrille et Cyrille a dit Cyrille : Moi aussi un jour je finirai dans la boîte. Le temps passe. Je grandis a vue d’œil. Monsieur m'a dit que le problème chez moi c'est qu'il n'y avait pas de mauvaises connexions entre les neurones mais que le poil que j'ai dans la main m'est rentré sous la peau, qu'il m'a poussé dans le bras, et qu'il a tellement grandi qu'il a fini par me déranger le cerveau : quand les premières feuilles sont apparues je suis devenu métaphysicien. C'est exactement ce que j'veux faire plus tard je lui ai dit : réparer des voitures.  Et puis Ledan est arrivé dans la cour de récréation. Sa mère lui a fait signe de loin, je lui ai fait signe en retour comme si c’était ma mère et tout est redevenu comme avant les vacances d'été. On allait pouvoir redevenir des singes.
 
Kyllian : Le sang de la mort va te sortir par le cou.
 
Mathis : Avant j’étais un chien. Dès que je passais la grille de l’école j’étais un chien et les autres m’appelaient Toutou. Je bavais et je remuais la queue. Quand on m’emmerdait j’aboyais. Et je mordais aussi. Un jour Monsieur a lancé une gomme dans le couloir pour vérifier si j’étais bien un chien en me disant va chercher le susuc’ et j’ai couru et j’ai rapporté le susuc’ et j’ai levé la papatte dans l’espoir qu’il me caresse la tête mais Presty a dit pauv’ toutou. J’ai compris dans sa bouche que ce n’était pas gentil alors la salive m’est montée à la bouche et je l’ai mordu en haut de la cuisse puis elle est allée dire en pleurant à Monsieur Mathis m’a mordu la chatte (j’aurais bien aimé lui mordre la chatte) elle saignait ça lui coulait le long de la cuisse et ça gouttait sur ses chaussures puis un jour je suis redevenu un garçon et Monsieur m’a dit il y a de la métempsychose dans l’air alors j’ai demandé c’est quoi la mépsychose ? et il m’a dit c’est quand les chiens se transforment en humains et inversement.  

Chœur : Le soleil était là, rendant le bleu du ciel écrasant de toute sa masse les bâtiments de brique, l’étendue de la cour et ce qu’on pouvait voir des bois dépasser des toits encore plus bleu, plus vide et plus vivant quand la grille s’est mise à grincer dans le plat matin d’un jour illuminé de septembre où grésillait le bourdonnement hypnotique des derniers insectes avant de se faire absorber par l’automne.
 
Alexandre : Ce n’est pas parce que je ne parle pas que je n’entends rien. Ce n’est pas parce que je ferme les yeux que je ne vois rien. Sous mes paupières il y a des lumières jaunes et rouges qui bougent de droite à gauche. Quand j’ouvre les yeux elles disparaissent. Quand je ferme les yeux elles réapparaissent et j’entends mon cœur battre sous mes paupières. C’est pour ça que j’aime fermer les yeux. Je préfère écouter mon cœur battre qu’entendre leurs gros mots. Un jour je fermerai les yeux et ils disparaîtront eux aussi. Ceux qui disent des gros-mots et les gros-mots avec eux. Alors j’écouterai seulement mon cœur battre sous mes yeux. Et il s’est arrêté quand je les ai rouverts. Et ils se sont remis à crier.
 
 

mercredi 14 février 2018

REFLEXIONS 7


Faulkner a commencé à perdre de son géni (de sa cruauté) après avoir répondu aux sirènes d’Hollywood. Mais il était écrivain avant de s’être vendu. De nos jours, la prophétie s’est accomplie : les ordres seront renversés.

jeudi 8 février 2018

REFLEXIONS 6


Faire place à une littérature qui face place nette à la littérature, anachronique, sourde aux exigences du siècle, les romans d’investigation (monopole de l’écriture journalistique), relais de l’immédiateté sans reste. Donner voix à des auteurs qui ne soient pas également ceux qui, par leurs relations au sein du monde très étroit qui occupe toute la scène, et le consensus ambiant des nantis de la publication dont ils sont les premiers acteurs (et les bénéficiaires), décident de ce qui est publiable ou non.
 
 

samedi 3 février 2018

REFLEXIONS 5

Comme un leitmotiv, cette réponse d'Henri Poincaré, mathématicien et physicien de renom  à la question: "Qu'est-ce qui fait que vous n'êtes pas devenu Einstein, alors que vos connaissances égalaient les siennes?" Invoquant ses origines sociales (trop confortables): "La différence entre lui et moi? La Cruauté".

jeudi 1 février 2018

REFLEXIONS 4

A peine sur le marché, quelques réactions paternalistes et maternalistes (ce mot n'existe pas dans le dictionnaire) bienveillantes. On nous demande: Qui êtes-vous pour publier Eschyle? Réponse: Nous sommes les adorateurs mangeurs d'hommes de l'Animal-Plume totémique. Et on nous menace: Laissez donc vos projets d'éditions à ceux dont c'est le métier. Réponse: Sinon quoi?